Didier Huc - Stratégie De la complexité à la clarté décisionnelle
Tarbes
Les Échos de la Locale 26 octobre 2026

Forges de Tarbes : six dates pour comprendre le redressement judiciaire

Le tribunal de commerce de Tarbes examine ce 26 octobre 2026 la demande de redressement judiciaire des Forges de Tarbes. Cette usine, seule en France à forger les corps d'obus du canon Caesar, emploie environ 60 salariés et vient de traverser six mois de dégradation accélérée.

Les Forges de Tarbes : six dates qui expliquent la crise

6 août 2021 : le groupe Europlasma rachète Les Forges de Tarbes pour 10 000 euros, un prix qualifié de symbolique par la presse économique. Des salariés signalent dès cette date la vétusté du four de forgeage.

Avril 2026 : Europlasma annonce vouloir céder son pôle Défense, qui inclut le site tarbais. Les négociations échoueront en octobre.

15 octobre 2026 : la Fonderie de Bretagne, autre filiale défense du même actionnaire, est liquidée avec 244 salariés concernés. Le même jour, les salariés tarbais découvrent que le foncier de leur propre usine a été vendu, sans en avoir été informés par leur direction.

22 octobre 2026 : Les Forges de Tarbes déclarent leur cessation des paiements et demandent l'ouverture d'un redressement judiciaire, après consultation extraordinaire du CSE.

23 octobre 2026 : Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, écrit au Premier ministre pour demander une coordination de l'État entre la Direction générale de l'armement et la Direction générale des entreprises.

26 octobre 2026 : audience devant le tribunal de commerce de Tarbes. La CFDT, arrivée en tête aux dernières élections du CSE, y réclame un repreneur industriel issu de la défense ou de la métallurgie.

Une reprise à 10 000 euros, et ensuite plus rien

Le constat tient en une phrase : un actif industriel stratégique a été repris pour une somme dérisoire, sans que les investissements promis suivent. Europlasma annonce aujourd'hui 35 millions d'euros de pertes cumulées depuis la reprise.

Pendant ce temps, l'usine n'a produit que 70 000 corps d'obus en 2025, loin de son objectif de 160 000. Le contrat signé en décembre 2025 avec KNDS France, fabricant du Caesar, prévoyait pourtant 60 000 à 150 000 pièces pour 2026-2028.

Ce n'est pas un cas isolé de PME qui coule faute de clients. C'est l'inverse : la demande existe, la filière défense recrute, et c'est la capacité financière de l'actionnaire qui a cédé. Pour toute PME sous-traitante du bassin tarbais, le signal est clair : la solidité de votre donneur d'ordre compte autant que son carnet de commandes.

Mon pronostic sur l'avenir du site tarbais

Je vais me mouiller, puisque c'est ce qu'on me demande. Dans le bon sens : un contrat KNDS qui tient, un savoir-faire reconnu, un maire qui évoque deux repreneurs sérieux, une Région et un État qui ne veulent pas lâcher un site lié à la défense nationale. Dans le mauvais sens : un outil de production vieillissant qui aurait dû être modernisé depuis cinq ans, un actionnaire sortant dont le bilan ne donne pas confiance, et une procédure judiciaire qui démarre toujours en position de faiblesse.

Si je devais parier, je dirais une chance sur deux que le site trouve un repreneur industriel solide dans les douze prochains mois. Ni plus, ni moins. Je peux me tromper : je ne suis pas un oracle, et ce dossier peut basculer dans un sens ou dans l'autre dès l'audience de ce jour, avant même que cet article ne soit lu.

Cette actualité vient nourrir notre page territoire Tarbes/Bigorre, où nous suivons les dynamiques économiques qui touchent les PME locales.

Ce qu'il faut en conclure

si votre PME réalise plus de 20% de son chiffre d'affaires avec un donneur d'ordre unique dans la métallurgie ou l'industrie de défense du bassin tarbais, faites l'inventaire de cette dépendance d'ici la fin de l'année 2026. Un redressement judiciaire chez votre client principal peut geler vos propres créances pendant des mois. Mieux vaut diversifier votre portefeuille clients maintenant, pendant que vous en avez le temps, plutôt que d'y être contraint dans l'urgence.

Échangeons sur vos enjeux