Didier Huc - Stratégie
De la complexité à la clarté décisionnelle
Réflexion stratégique 24 mars 2026 Temps de lecture : 7 minutes

L'ère Bayrou s'achève à Pau : ce que la nouvelle ère Marbot réserve aux entrepreneurs palois

344 voix. C'est l'écart avec lequel Jérôme Marbot (42,45%) a battu François Bayrou (41,14%) au second tour des municipales paloises du 22 mars 2026. Douze ans de mandat, un passage à Matignon, une réputation nationale et une défaite au finish dans son propre fief. Le séisme est réel.

Pour les entrepreneurs de l'agglomération paloise, forte de 23 zones d'activités couvrant près de 1 000 hectares et d'un tissu dense de TPE-PME, ce n'est pas que de la politique. C'est un changement de cap municipal qui va redessiner les priorités économiques de la ville pour les cinq prochaines années.

Ce que je vous livre ici, c'est mon analyse. Pas un résumé de programme : le programme de M. Marbot est encore à traduire en actes. C'est ma lecture, en tant que consultant qui connaît ce territoire, de ce que cette transition implique concrètement pour vous.

Bilan Bayrou : du dynamisme à crédit

Soyons justes : sous Bayrou, Pau s'est refait une attractivité réelle. Le centre-ville s'est densifié, des investisseurs ont afflué. CBRE qualifiait Pau de ville "redevenue désirable" dès 2019, et les zones d'activités ont bénéficié d'un accompagnement pro-business sans complexe. Le club Béarn & Business, actif depuis 2014, illustre ce réseau entrepreneur qui a prospéré dans cet environnement.

Mais le revers est documenté : la dette municipale est passée de 60 à 111 millions d'euros entre 2014 et 2023. Les commerçants du centre-ville parlaient encore de "Pau se meurt" en mars 2026 malgré les efforts de revitalisation. Et l'affaire Bétharram, qui a pesé lourd dans la campagne, a terni une fin de mandat déjà fragilisée par la chute de Matignon.

Pour les chefs d'entreprise, le bilan est contrasté : visibilité renforcée, foncier disponible, mais une dette qui va peser sur les investissements à venir.

Ce que M. Marbot représente vraiment

Jérôme Marbot est avocat en droit public et droit de l'environnement, ancien maire-adjoint de 2008 à 2014, connu du réseau Béarn & Business pour y avoir présenté son programme. Il a gagné sans alliance au second tour, ce qui lui donne une certaine liberté de manœuvre. 344 voix, c'est une victoire nette sur le plan démocratique. Le mandat est clair. Ce qui l'est moins : la capacité à fédérer un conseil municipal issu d'une triangulaire serrée.

Son programme "Nouvelle Ère" met en avant une économie "au service de l'humain", une gouvernance collaborative, et la maîtrise budgétaire comme préalable à tout. Pas de grand soir, pas de rupture idéologique. Une ville qui va pivoter vers une économie plus sobre et plus locale. Pour les entrepreneurs, c'est lisible. À condition de savoir le lire.

Mon analyse : trois signaux à surveiller

Ce qui va définir concrètement l'ère Marbot pour les entrepreneurs palois, ce n'est pas son programme : c'est ce qu'il fera dans les douze premiers mois. Voici les trois signaux qui me semblent déterminants.

La commande publique locale. M. Marbot a mis en avant l'ouverture des marchés municipaux aux PME locales, avec des clauses d'insertion. Si c'est appliqué sérieusement, c'est une opportunité réelle pour les sous-traitants et prestataires de l'agglomération. Si ça reste dans les discours, on saura rapidement que la co-construction, c'est du vent.

La gestion de la dette. Avec 111 millions d'euros de dette, la marge de manœuvre est étroite. M. Marbot a évoqué des régies locales pour dégager des recettes propres. C'est une piste, pas une garantie. Ce qui est certain : les grands projets d'investissement public seront ralentis, au moins le temps de stabiliser les finances. Pour les entreprises qui vivaient de la commande publique Bayrou, la manne publique va sans doute au moins partiellement se tarir.

Le CESE palois. M. Marbot souhaite co-construire la stratégie économique avec un Conseil Économique Social et Environnemental incluant PME, ESS et université. C'est le bon endroit pour peser si vous y êtes tôt. Si vous n'y êtes pas, d'autres définiront les priorités à votre place.

Ce que j'en pense

Je ne suis ni de gauche ni de droite quand j'analyse un territoire économique. Je regarde ce qui crée de la valeur pour les entrepreneurs.

Ce qui me rassure dans cette élection : M. Marbot n'est pas un idéologue. C'est un avocat pragmatique, ancien adjoint, qui connaît les réalités de la ville. Il a gagné sans surenchère et sans alliances coûteuses. Le Béarn & Business l'a reçu. Ce n'est pas anodin.

Ce qui m'interroge : 344 voix dans une triangulaire, c'est une victoire démocratique incontestable. Mais c'est aussi une ville divisée en trois blocs. Un conseil municipal qui devra composer, une opposition Bayrou qui va reconstituer ses forces, et une ville sous pression financière : c'est la recette de l'immobilisme si M. Marbot ne tranche pas vite sur ses priorités.

Pour vous, entrepreneurs palois, la bonne décision n'est pas d'"attendre et voir". C'est de vous positionner maintenant dans les instances de concertation, de surveiller les premiers appels d'offres, et de ne pas parier votre développement sur la continuité de la commande publique locale. Pau change de cap. Adaptez le vôtre.

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